Ontario, Québec

Le chemin parcouru jusqu’à la St-Jean-Baptiste

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En 2007, Andréanne Germain, une jeune cinéaste franco-ontarienne, a tourné un documentaire paru l’année suivante, et qui pose la question d’une identité francophone à l’extérieur du Québec. « Pis nous autres, dans tout ça ? » met en scène la cinéaste en compagnie de deux cobayes. Ces derniers sont des Québécois recrutés par l’entremise de l’Internet. Le trio se rend sur les plaines d’Abraham lors de la Fête nationale, armé du drapeau franco-ontarien.

Portrait de l’ignorance

Les commentaires des gens interviewés de manière impromptue sont éloquents. « Vous devriez venir rester au Québec ! » « C’est icitte qu’on parle français ! » « C’est quoi votre drapeau ? » et même « C’est pas votre fête, c’est la fête du Québec ! Pourquoi vous voulez nous voler notre fête ? » L’ignorance des origines de la Fête nationale du Québec, aussi connue sous le nom de la Saint-Jean-Baptiste au Québec et ailleurs, fêtée par tous ceux qui sont d’origine canadienne-française depuis des décennies, est frappante. L’ignorance aussi de la francophonie canadienne, bien vivante malgré tout.

Cette ignorance est à la fois surprenante et compréhensible. Dans les années 60, il s’est produit un schisme entre les Québécois et les francophones du reste du Canada. Il y a eu par la suite presque une décennie de flottement chez les autres communautés francophones, qui, à défaut d’être Canadiens-Français, ne savaient plus trop ce qu’ils étaient. Le Québec les a oubliés. À commencer par René Lévesque, qui les a qualifiés de « dead ducks ». Puis d’Yves Beauchemin, qui les a, quant à lui, comparés à des « cadavres encore chauds ». Est-il besoin de rappeler que la mère de Beauchemin était une Franco-Ontarienne originaire de Sturgeon Falls ?

Le documentaire d’Andréanne Germain, tourné près de 40 ans après la fin des États généraux du français au Canada, dresse un portrait assez juste de ce que pensaient les Québécois d’alors sur la francophonie canadienne : le français, c’est au Québec que ça se passe. Il n’y a pas de francophones ailleurs au Canada, sauf des Québécois partis ailleurs pour le travail. Enfin, s’il y a des francophones ailleurs, ils sont bien peu nombreux… Ils n’ont qu’à venir s’établir au Québec !

24 Juin 2019

On en a parcouru, du chemin ! Cette année, les Franco-Ontariens ont été invités à ouvrir le défilé de la Fête nationale à Montréal. Ils n’ont pas été invités à y assister, ou encore à y participer dans un petit tableau du défilé, à peine différencié des autres cultures francophones qui occupent l’espace québécois. Ils ont eu la place d’honneur au tout début du défilé. 150 Franco-Ontariens ont célébré leur fierté d’être francophones dans les rues de Montréal, à l’invitation du comité organisateur de la Fête nationale !

Un début de réconciliation

On se rappellera qu’en décembre 2018, le drapeau franco-ontarien avait flotté sur l’Hôtel du parlement du Québec, de même que dans plusieurs municipalités. Du jamais vu ! Ceci en guise de solidarité envers les Franco-Ontariens face aux coupes de Doug Ford, annoncées quelques semaines plus tôt, le 15 novembre.

Ces coupes ont eu lieu trois semaines après les commentaires de Denise Bombardier sur le plateau de l’émission Tout le monde en parle. Elle avait alors dit que : « À travers le Canada, toutes les communautés francophones ont à peu près disparu. Il en reste encore un peu en Ontario. Au Manitoba, je suis allée encore au mois de janvier, chez les Métis, on ne parle plus le français. » Ces propos ont eu l’effet d’une bombe partout au Canada. S’ils s’étaient un peu endormis avec les années de quiétude, ils se sont réveillés et se sont fait entendre.

Ils ont crié si fort qu’ils ont même réveillé les francophones du Québec. Il y a longtemps que les francophones hors Québec espèrent ce rapprochement. Souhaitons que ce ne soit qu’un début. Parce que l’on sait très bien, et depuis longtemps, que c’est l’union qui fait la force.