Opinion
Mona Rochon
Comme plusieurs, j’ai été estomaquée cette semaine devant la décision unilatérale de Doug Ford de sabrer les services aux Franco-Ontariens. J’ai hésité avant de m’exprimer : Boréal est un magazine culturel non politique. Mais comme outil de promotion de la culture francophone au Canada, il vient un moment où il faut dire ce que l’on pense et ne pas se cantonner dans le mutisme. « On ne fait que de la culture » n’est pas une excuse pour garder le silence devant l’injustice.
L’Université franco-ontarienne est un rêve que caressent les Franco-ontariens depuis longtemps. Des gens étaient déjà à pied d’œuvre pour établir les programmes et le contenu des cours. Même si elle n’existait pas encore, du point de vue étudiant, elle employait déjà des gens qui se retrouvent subitement sans emploi, alors qu’on leur avait promis et garanti la sauvegarde de ce projet, qui devait accueillir ses premiers étudiants en 2020.
Le commissaire aux services en français est le chien de garde des droits des Franco-Ontariens. Pour la petite histoire, le gouvernement de David Peterson s’est doté d’une loi sur les services en français, mieux connue sous le nom de Loi 8, en 1986. Celle-ci garantit des services en français là où le nombre le requiert. Cette Loi reconnait l’apport du patrimoine culturel de la population francophone de l’Ontario et souligne la volonté du législateur de préserver cet héritage pour les générations à venir.
Le commissaire avait pour mandat de faire respecter cette Loi, puisque dans les faits, elle ne l’est pas toujours. Ce poste existe depuis 2007 seulement. Auparavant, les Franco-ontariens qui se sentaient lésés dans leurs droits faisaient appel à l’ombudsman. Les dossiers trainaient en longueur et ne se réglaient pas assez vite. Puisque le premier ministre a aboli le poste, les Franco-Ontariens devront à nouveau se tourner vers cet ombudsman qui ne fait pas le travail assez vite. C’est odieux. Ça me rappelle un certain Mike Harris, qui avait dit que les francophones auraient toujours des services de santé en français puisque l’hôpital général d’Ottawa offre des services déjà. C’est mal comprendre les besoins des Franco-ontariens.
Mobilisation
Il faut bien sûr se mobiliser. Les Franco-Ontariens, bien sûr, mais aussi les autres francophones de partout au pays. À ce sujet, l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) demande à tous les francophones de joindre la résistance. Il y a plusieurs façons de manifester, même si l’on réside dans une autre province. On vous en suggère quelques-unes dans le formulaire à remplir.
Entre temps, Boréal poursuivra sa mission, celle de faire rayonner la culture en français partout au Canada. Parce que la musique, la littérature, le cinéma, la télévision, le théâtre… sont les meilleurs moyens de démontrer que l’on existe, que l’on est vivant. Dans le fond, manifester, protester, c’est ça aussi : dire qu’on est là, qu’on existe et qu’on mérite d’être respecté. La culture peut être un redoutable outil politique !
Continuez à inonder les ondes, les salons du livre et les théâtres : nous serons votre porte-voix !
Illustration: Marc Keelan-Bishop

